mardi 29 mars 2011

T1-2011

Coup de cœur du trimestre : "Let England shake" de P.J. HARVEY.


Le huitième album de la chanteuse anglaise montre qu'elle a enfin retrouvé l’inspiration depuis le très beau et sobre "White chalk" (2007). Toujours entourée des fidèles John PARISH et Mick HARVEY, l'album a pour thème les guerres qui ont jalonné l'histoire de son pays sans pour autant faire un album de protests songs à la mode à la fin  des années 60 et la guerre du Vietnam.
Les arrangements sont un peu moins rock qu'à ses débuts, on trouve même quelques samples ou emprunts et citations.

En extraits, "The words that maketh murder":

ou le très beau "The glorious land" :

et le final "The colour of the Earth" :

lundi 21 mars 2011

This is England : Liverpool (1)

A l'estuaire de la Mersey se trouve la troisième plus importante ville d'Angleterre, derrière Londres et Birmingham. Liverpool (430 000 hab.), important port au XIXème siècle, s'est développé jusqu'à la sévère crise économique que connut la Grande Bretagne dans les années 1970. La ville se consola alors par la domination de son club dans le championnat nationale et sur la scène européenne.


Agrandir le plan

Il faudra attendre cette dernière décennie pour voir la ville remonter la pente grâce à l'attractivité culturelle qu'elle développe depuis quelques années (et l'engouement sur les BEATLES).

C'est au début des années 1980 que Michael HEAD forme THE PALE FOUNTAINS. Il s'inspire de la pop légèrement soul des années 1960, à l'image de celle de Burt BACHARACH, et évidemment des FAB FOUR.
Malheureusement pour lui, et malgré deux très bons disques, l'audience du groupe restera confidentiel. Pourtant, à l'écoute de leur premier single, on aurait pu penser le contraire.
"(There's always) something on my mind" (1982) :

Idem, pour le deuxième single où ce "Thank you" gracieux en diable sera le seul modeste hit du groupe :

Le deuxième album produit par Ian Broudie, un peu plus rock, enterre définitivement le groupe malgré ce "Jean's not happening" (1985) :

Michael HEAD décide de monter un nouveau groupe, SHACK, avec son frère John. Ses gros problèmes d'addiction l'empêchent d'écrire un beau premier album puisque "Zilch" (1988) sera très mal reçu par les critiques et le public, il arrive à écrire de magnifiques chansons.
Il faudra attendre 1995 pour que le groupe sorte le très bon "Waterpistol" enregistré quatre ans plus tôt et qui profitera de la vague britpop.
En extrait, "Hazy" :

Parallèlement, Michael HEAD sort un fabuleux album solo "The magical world of the strands" (1998) où il fait la part belle aux guitares acoustiques et aux mélodies lumineuses. En extrait, "Queen Matilda" :

Sur leur lancée, ils enchainent sur un autre bon album en 1999, "H.M.S. fable". En extrait, "Since i met you" :

Depuis, il sort de nouveaux albums assez régulièrement, et Michael HEAD a même reformé en 2008, pour les 25 ans du groupe, THE PALE FOUNTAINS.

samedi 19 mars 2011

Conseil de lecture

Petit message pour un coup de coeur au rayon BD. Avec un peu de retard puisque le livre est sorti l'année dernière.


Christophe Blain et Abel Lanzac nous livre avec "Quai d'Orsay" (Dargaud) une chronique sur la vie quotidienne d'un cabinet ministériel avec un ministre des affaires étrangères philosophe, grand lecteur (même Tintin) et surtout légèrement dingo Alexandre Taillard de Worms (mais on reconnait facilement Dominique de Villepin), un directeur de cabinet au four et au moulin, des conseillers fayotant ou se tirant dans les pattes et un jeune étudiant thésard embauché afin d'écrire les discours du ministre (qui semble être le fameux Abel Lanzac) et les difficultés de la diplomatie en général.

Le dessin de Blain est formidable puisqu'il réussit à mettre un rythme effréné, à l'image du ministre et de ses changements d'avis ou de ses postures théâtrales.
De plus, c'est parfois très drôle ! (cf. le passage avec les stabilos).

dimanche 13 mars 2011

This is England : Swindon

Située entre Bristol et Oxford, Swindon est une modeste ville anglaise de 150 000 habitants. Pas grand chose à dire de remarquable.

On peut apprécier l'humour de la DDE locale par l'existence d'un rond point assez exceptionnel, appelé "The magic roundabout" qui est le nom anglais de la série pour enfants "Le manège enchanté", et dont vous pouvez constater le schéma ci-dessous:
 
Contrairement aux autres villes anglaises, très peu de choses à dire sur la pop swindonnaise, si ce n'est que c'est dans cette ville que s'est formé, en 1974, le groupe XTC.

Le groupe sort ses deux premiers albums en 1978 sur Virgin. Le groupe mélange plusieurs influences avec l'énergie post-punk alors à la mode.
En extrait, leur manifeste "This is pop" (1978) :

Bien que quintet à l'époque, le groupe est l'affaire du guitariste-chanteur Andy PARTRIDGE et du bassiste (et chanteur) Colin MOULDING. Les compositions seront intégralement signées par les deux compères, sorte de Lennon-McCartney new-wave.
Le succès va arriver rapidement par la sortie de leur troisième album "Drums and wires" (1979) qui s'ouvre par le tubesque "Making plans for nigel" :
Ce tube, signé et chanté par MOULDING, va rendre jaloux PARTRIDGE qui va alors accroire sa prédominance dans le groupe.
Sur sa lancée, le groupe va sortir dès l'année suivante le très bon et plus rock "Black sea", dont est extrait "Generals and majors" :

L'écriture de MOULDING est plus pop avec des mélodies accrocheuses alors que PARTRIDGE écrit des chansons plus complexes, comme l'illustre parfaitement "Towers of london" tirée du même album :

En 1982, le groupe sort un double album "English settlement" qui est une sorte de matrice pour la brit-pop à venir. Ils rendent hommage au fameux "Magic roundabout" dans la chanson "English roundabout". L'écriture du groupe s'affine de plus en plus pour atteindre des sommets. L'album est un vrai chef d'oeuvre.
Lors de la tournée de promotion de cet album, Colin MOULDING est pris d'une crise de panique au début du concert parisien. Après plusieurs jours d'hospitalisation, il décide de ne plus jamais monter sur scène.
Ils sortent deux albums "Mummer" en 1983 et "The big express" en 1984 qui seront des échecs commerciaux (alors que le groupe était aussi vendeur que THE POLICE à la même époque).
C'est alors que le producteur John LECKIE qui enregistra leurs premiers albums leur propose d'enregistrer un mini-album pastiche (avec pochette, lon, etc) rendant hommage au rock psychédélique de la fin des années 60. Étonnamment, ce sera un succès. Cependant, il sortira sous le nom de groupe THE DUKES OF STRATOSPHEAR et le tube sera "25 O'clock" :

Virgin, pas mécontent des ventes, leur propose une reconduction de leur contrat (alors que les précédents échecs devaient plutôt les inciter à mettre un terme à leur collaboration).
Ils sortent alors le conceptuel "Skylarking" (1986) dont est extrait "Dear god" :
Après un nouvel épisode de THE DUKES OF STRATOSPHEAR, le groupe sortira le très bon "Oranges and lemons" en 1989, avec en extrait, "King for a day" :
S'il a fallu 3 ans entre les deux albums, le groupe n'attendra que deux pour sortir une sorte d'"Englis settlement bis" avec "Nonsuch" qui n'obtiendra pas l'audience des précédents albums.
MOULDING produira différents groupes (dont l'AFFAIRE LOUIS TRIO avec "Mobilis in mobile") et PARTRIDGE prendra une sorte de retraite.
XTC ne sortira que deux autres albums, en 1999 et le très pop "Apple venus volume 1" et en 2000 avec le plus rock "Wasp star (Apple venus volume 2)". Depuis, le groupe n'est ni en retraite, ni séparé.

Prochaine étape : Liverpool

lundi 7 mars 2011

This is England : Bristol (3)

Dernière étape à Bristol et c'est le moment d'évoquer un membre du collectif bristollien apparu au cours des années 80, The Wild Bunch.


Outre le futur producteur Nellee HOOPER ou MASSIVE ATTACK, on retrouvait également Adrian THAWS, plus connu sous le nom de TRICKY.

Originaire du quartier de Knowle West, il grandit avec sa grand-mère à la suite du suicide de sa mère, Maxine QUAYE.

Il participe au deux premiers albums de MASSIVE ATTACK mais, très vite, il décide de garder ses compositions pour lui. Il enregistre dès 1993, la chanson "Aftermath" qui avait été refusée par le groupe alors au sommet du succès :

Comme le groupe, il compose une musique mélangeant hip-hop, soul et jazz appelée trip-hop, mais qui va rapidement définir une musique molle pour bar lounge. 
Tout le contraire de la musique de TRICKY qui avec l'aide de la chanteuse Martina TOPLEY-BIRD va sortir un fabuleux premier album en 1995, "Maxinquaye". 
Musiques oppressantes, chants murmurés, une ambiance de moiteur est diffusée tout au long des douze chansons même dans la reprise très métallique du "Black Steel" de PUBLIC ENEMY :

Fort du succès de son album, il enregistre en 1996 un album participatif (avec notamment BJÖRK ou PJ HARVEY) appelé NEARLY GOD, tout aussi angoissant.
En extrait, "Poems", toujours avec Martina TOPLEY-BIRD, ainsi qu'avec l'ancien chanteur des SPECIALS, Terry HALL :

La même année, il sort le complexe "Pre-Millennium Tension" où il essaya de s'éloigner du trip-hop en durcissant les sons.
En extrait, "Christiansands" :

En 1998, il connait un premier coup de mou, avec le très moyen "Angels with dirty faces". Il part aux Etats-Unis enregistré avec DJ MUGGS, metteur en son du groupe CYPRESS HILL, un album plus hip-hop qu'à l'accoutumer "Juxtapose" (1999). 
En extrait, "Contradictive" :

Si l'album est une réussite, ce n'est pas vraiment pas le cas du suivant "Blowback" (2001), où dans un trip californien, il s'associer d'une partie des RED HOT CHILI PEPPERS, ALANIS MORISSETTE ou CINDY LAUPER (?!!!!?). On sent le problème de drogue !
Idem pour le suivant, "Vulnerable" (2003), tout juste sauvé par la première chanson "Stay", back to the reggae roots :

Suivront deux autres albums, "Knowle West Boy" (2008) et "Mixed Race" (2010), mais ils ne rivaliseront pas avec le premier album de TRICKY.

Prochaine étape : Swindon... Où ça ?


mardi 1 mars 2011

This is England : Bristol (2)

Si Bristol est la ville qui a donné naissance au mouvement trip-hop, surtout grâce au collectif The Wild Bunch (mais on y reviendra), elle a également donné naissance à des groupes plutôt exigeants.


Je vous épargne THE POP GROUP ou FLYING SAUCER ATTACK. D'ailleurs, Matt ELLIOTT a participé un temps à ce dernier. 
Il commence à composer des musiques électroniques au milieu des années 90 sous le nom de THE THIRD EYE FOUNDATION influencé aussi bien par le Shoegaze mort quelques années plus tôt ou par la Drum'n'Bass qui fait fureur à l'époque.
Extrait du premier album "Semtex" (1996), "Sleep" :

Il va peaufiner son style en s'inspirant des expérimentations du post-rock pour créer une musique électronique vraiment particulière, n'hésitant pas à sampler des musiques latines (brésiliennes ou espagnoles). 
Il connait ses premières reconnaissances critiques avec son troisième album "You Guys Kill Me" (1998).
En extrait, "I'm sick and tired of being sick and tired" :

Deux ans plus tard, il sort son chef d'oeuvre (si si), "Little Lost Soul", album électro parfait. Si l'utilisation des batteries ne paraient pas d'une originalité extraordinaire (on ira plutôt voir APHEX TWIN ou Michael PARADINAS), celle des voix l'est totalement : il crée ainsi une ambiance sombre, quasiment gothique, parfaitement illustré par le premier morceau "I've lost that loving feline" (et en plus, il a de l'humour !) :

C'est alors que Matt ELLIOTT abandonne complètement les ordinateurs et autres samplers pour faire du folk. Là aussi, il ne va pas faire dans le folk traditionnel.
Il sort sur des micros labels des "Drinking Songs" (2005), des "Failing Songs" (2006) et des "Howling Songs" (2008).
En extrait, le magnifique "Broken bones" (2006) :

Ou le cohénien "Something about ghosts" (2008) :

En 2010, il a repris l'alias THIRD EYE FOUNDATION pour un nouvel album tout aussi joyeux intitulé "The Dark".